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Antigone nous relie par bien des liens aux fonctionnements
les plus profonds de l’homme avec la société. Au-delà des mythes et des symboles que nous étudions, elle nous ramène aux sources primales du théâtre antique
et son rôle, à la fonction de l’artiste, et à notre travail personnel
sur le jeu du comédien et la relation au public. |
L’héritage du théâtre antique
A partir d’Antigone d’Anouilh, nous voulons retrouver le théâtre antique, racine du théâtre occidental, de sa nature et de son fondement, et
questionner aujourd’hui la tragédie antique.
Le Mythe -
de Sophocle à Anouilh
Les anciens ont exprimé, à travers l’histoire
d’une famille ou d’un personnage, des thèmes comme les rapports de l’homme et du destin, de la justice et de l’ordre, de l’individu
et de la cité.
Dans Antigone, Sophocle a voulu montrer
le conflit engendré par la loi sociale, et dénoncer
le règne de la violence.
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En 1942 Anouilh, en pleine Occupation, fait du mythe grec une pièce actuelle, dans un monde de Collaboration et de R ésistance. Chef d’œuvre polémique éclos d'un monde en décomposition, celui de l'Occupation et de la Collaboration,
il dépeint pour nous la complexe confrontation de l’individu et de la société, la proximité
avec notre époque, et le rôle de l’artiste
dans les époques sensibles. Anouilh fuit le théâtre à thèse ; le plaisir du spectateur doit être la loi du poète, héritier de Molière. Il manie avec bonheur le mélange des genres, la tragédie se fait bouffonne et la face s’élève
aux dimensions du drame philosophique. Ainsi la tragédie divine de l’Antiquité rencontre le drame humain . Le spectateur s’y retrouve plus aisément aujourd’hui.
Si Sophocle montre
la jeune Antigone comme un type de femme admirable, à l’âme à la fois timide et héroïque, l'Antigone d’Anouilh devient une adolescente idéaliste
dont l’obstination provoque la catastrophe finale.
Cette Antigone est une jeune fille de notre siècle, contestataire, révoltée, face à un pouvoir qu’elle ne peut accepter, à l’injustice et à la médiocrité. Derrière cela, on peut se questionner
sur les engagements d’Anouilh, jonglant entre cynisme et misanthropie pour parler de l’innocence, attirant et repoussant autour de la pièce Résistants et Collabos. Il nous parle du pouvoir, avec ce qu’il comporte d’absolutisme mais aussi de lassitude et d’usure, sujet qui trouve plus que jamais sa place aujourd’hui.
Mais si deux logiques se superposent entre Sophocle et Anouilh, une même évidence apparaît : la solitude morale des deux personnages. Que l’antique Antigone, au nom d’une morale religieuse, affronte une loi de clan inhumaine, ou que la révolte naïve de la moderne Antigone s’oppose à un Créon débonnaire négociant les compromis, la rebelle adolescente demeure seule dans son refus de comprendre le monde, ce monde qui ne la comprend pas, comme Créon affronte tout au long de la pièce la solitude du chef.

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« Chacun de nous a un jour,
plus ou moins triste,
plus ou moins lointain,
où il doit enfin accepter
d’être un homme. »
Jean Anouilh |
Le théâtre dans la vie – La vie dans le théâtre
Le théâtre est le lieu de la représentation de l’affrontement de l’Homme avec le monde, de l'Homme à la recherche de ses vérités.
Un millier de traductions et d’adaptations du mythe d'Antigone ont été réalisées depuis
ses origines, signifiant la pérénité de son intérêt : cette histoire universelle se reconstruit perpétuellement.
De l’Antiquité au XXIe siècle, nous passons d’une civilisation primitive, culture grégaire et traditionnaliste, à une civilisation l’individualiste : le fondement
de la société est inversé.
Avec la fin de la tragédie grecque, le choeur perd sa fonction essentielle : c’est à Athènes, le temps où l’individualisme triomphe du civisme. Retrouver dans la tragédie contemporaine une place pour le choeur a permis de renouer un lien entre l’individu occidental moderne et le civisme.
De tout temps, les jeunes ont été sensibles à cet affrontement entre deux mondes, représentés par
deux générations, qui adhèrent chacun à un système de pensé idéaliste et à l’affirmation de soi dans l’affrontement avec l’autre.
On retrouve ici la projection de l’individu de la salle vers la scène, à l'image du chœur antique comme représentation du peuple.
La mise en théâtre
Le travail du comédien
Dans un même souci de déchiffrage que celui
de retrouver
les racines du théâtre, nous repartons des fondamentaux
du travail du corps et de la voix pour arriver à un état de création contemporaine (celle des artistes sur le plateau) pour porter le texte aujourd'hui attaché à la notion de "chœur" du théâtre antique (symbolisant les citoyens,
et donc la parole collective par opposition à l’acteur qui personnifie l’individu). Nous cherchons à développer dans le spectacle toute une partition autour
de l’expression et de la voix : voix individuelle et voix collective (chœur, dialogues, ...), voix parlée et voix chantée, voix
du narrateur et voix du personnage. Parallèlement nous explorons ce qui est possible dans le travail du corps ; présence, expression, mouvement, danse, etc.
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Le théâtre dans le théâtre
Le théâtre qui utilise le théâtre est aussi une dominante chez Anouilh : L’Alouette où l’on joue
un procès, La Répétition où l’on répète Marivaux, Colombe qui se passe dans les coulisses
d’un théâtre, Eurydice, Léocadia, L’Invitation au château, Le Rendez-vous de Senlis, Pauvre Bitos, ... jusqu’au Nombril, chant du cygne où il règle des comptes comme Molière dans Le Malade Imaginaire.
Il parle avec cynisme de l’humanité, sombre, à un public qui se voit sur scène ;
nous sommes dans la droite ligne
de Molière et Marivaux.
De la dramaturgie à la mise en scène : un laboratoire collectif
Ce projet sera celui de la rencontre sous plusieurs formes : la rencontre de différentes générations, de différents styles de jeu, du théâtre antique et contemporain, de formes d’expression complémentaires, etc. pour en voir surgir le sens, puisqu’Antigone est un terrain propice à l’expérimentation de différentes voies poétiques.
Une musique est à tisser autour du texte,
avec pour matériau le timbre de la voix des comédiens.
Archaïques et somptueux, ce sont des chants profonds, accappella, psalmodiés mais où l’on croit parfois distinguer des fragments
de langues anciennes ou lointaines, se retrouvant aujourd’hui dans le mystère des voix grecques, bulgares, corses ou basques.
La dernière étape est bien sûr la transmission de l’œuvre au public : quel impact aura ce travail collectif sur le spectateur ?
C’est en présence de son public que ce théâtre prendra toute sa dimension liturgique.

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